Thursday, November 09, 2006

Connectree_ La mise en connexion de l’interactivité dans la création artistique



Depuis une quarantaine d’années, les sociétés post-industrielles ont considérablement développé les nouvelles technologies informatiques et médiatiques, et elles ont progressivement su nous amener à les utiliser et ont ainsi bâti une véritable technosphère communicationnelle (un cybermonde). L’histoire ainsi que la sociologie de l’art nous montrent que l’évolution des modes de pensées s’est faite en parallèle avec le développement des outils et des médias (photographie, cinéma, vidéo...). Dans une telle situation, il est tout à fait normal que l’art contemporain ait été (et soit toujours) affecté par cet avènement des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (les NTIC).

Dès 1994, quelques artistes technophiles se sont tout naturellement tournés vers le Net, un champ médiatique encore vierge. Grâce à de nouveaux possibles mais également à un esprit de conquête, les artistes y développent de nouvelles formes d’art (connues et réunies sous le vocable de « Net art »). Le but de ces créateurs n’est pas de proposer des significations au premier niveau, mais d’expérimenter des formes d’échanges inédites entre spectateurs, réseaux et eux-mêmes. Le terme d’ « interactivité» - néologisme des années quatre-vingt - est actuellement très utilisé dans le secteur du Net art et sert à désigner une nébuleuse de modèles et d’actions très différents. Si de temps à autres, « resurgit [encore] un vieux mythe de pureté qui s’insurge contre l’ingérence dans le domaine artistique de technologies qui ne sauraient que le pervertir[1]», il semblerait que –depuis 1998 – l’indifférence ainsi que l’hostilité des personnalités de l’art contemporain commencent à disparaître vis-à-vis de l’art informatique - notamment grâce à l’essor de la production informatique et grâce à la qualité incontestable de certaines expériences interactives menées sur le Net.

En effet, depuis certain temps, je me concentrais sur la question de l’interactivité et des sujets relatifs à la cognition et aux médias, ainsi qu’aux façons dont les nouvelles technologies agissent sur nos stratégies conscientes et inconscientes de traitement des informations, mais aussi sur la communication. Dans le cas des médias en réseau, il se produit de nombreux événements de cognition qui confirment certaines observations à propos de la distinction entre les formes individuelles, collectives et connectives de conscience qui se développent de nos jours et qui se manifestent dans le contexte culturel de l’Internet.

Ce Mémoire vise à saisir cette nouvelle forme de l’art numérique – la mise en connexion de création interactive – au moment même de son institution. Il s’essaye à expliquer comment l’interactivité – sous toutes ses formes y comprit sa façon de mise en connexion – a perturbé le paradigme du champ artistique y comprit celui de l’art numérique.

Nous avons déjà saisi que la interactivité de l’art numérique a modifié la barrière traditionnelle entre le créateur et les spectateurs. Mais quelles sont les potentialités des nouvelles formes de participation proposées au public sur le Net ? Qu’est-ce qu’Internet peut apporter de plus que les supports (et médias) off line ? De quelle façon ? Nous chercherons aussi à comprendre au travers des articulations de la mise en connexion de dispositif interactif, comment les actes et les éléments de son interface lient les acteurs (auteur, machine, spectateur) et œuvre.